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Pourquoi le métier de tatoueur semble-t-il accessible à tout le monde ?

Photo du rédacteur: Collectif Tatoueurs Tatouages France
Collectif Tatoueurs Tatouages France
11 sept.
10 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

« Bonjour, je réfléchis à faire une formation dans le mini tattoo fineline, en attendant de trouver un emploi dans mon domaine… »


Devenir tatoueur peut sembler simple : une machine, quelques encres, l’envie de créer et l’impression qu’il suffit de se lancer. Pourtant, derrière un tatouage réussi, il y a bien plus que du matériel. Il y a des heures de pratique, de l’apprentissage, de l’expérience et surtout une responsabilité bien réelle : travailler sur la peau de quelqu’un. Alors, pourquoi le métier de tatoueur semble-t-il aujourd’hui accessible à tout le monde ?


La question peut sembler anodine. Pourtant, elle a fait réagir beaucoup de tatoueurs. Si vous souhaitez mieux comprendre notre démarche, nos valeurs et pourquoi nous avons créé notre collectif, vous pouvez découvrir notre page Qui sommes-nous.


Est-ce un métier rapidement rentable ? Est-il facile de trouver des clients ? Peut-on louer un espace quelques jours par semaine dans un salon esthétique ? Peut-on tatouer directement au domicile des clients ?


Derrière ces questions, il y a surtout une perception du métier qui revient régulièrement : le tatouage serait une activité relativement simple à apprendre, avec peu de barrières pour commencer et qui pourrait rapidement devenir rentable.


Alors pourquoi cette impression existe-t-elle ? Est-ce parce que le métier est réellement facile d'accès ? Ou parce que nous ne voyons plus tout ce qu'il y a derrière un tatouage ?


1. Tatoueur : un métier ou un simple « petit boulot » ?


C'est peut-être le point de départ. Dans le commentaire qui a lancé cette réflexion, le tatouage était envisagé comme une activité que l'on pourrait apprendre « en attendant de trouver un emploi ». Pour beaucoup de tatoueurs, cette formulation est difficile à entendre. Pas parce qu'une personne n'aurait pas le droit de se reconvertir ou de découvrir le tatouage. Au contraire. Beaucoup de professionnels sont arrivés dans le tatouage après une première carrière. Certains ont commencé tard. D'autres ont complètement changé de vie.


Le problème est ailleurs. Tatoueur est déjà un métier. Ce n'est pas une activité que l'on pratique simplement en attendant de trouver « un vrai travail ». Comme tout métier, il demande des connaissances, des compétences techniques, de la pratique, de l'expérience et une vraie responsabilité envers le client. Et dans le cas du tatouage, une particularité change beaucoup de choses : on travaille directement sur le corps d'une autre personne.


2. Pourquoi le métier paraît-il pourtant si facile d'accès ?


Le paradoxe est là. Aujourd'hui, une personne qui souhaite découvrir le tatouage peut très facilement trouver du matériel.


  • Une machine.

  • Des cartouches.

  • Des aiguilles.

  • Des encres.

  • Des consommables.

  • Des peaux synthétiques.

  • Des kits complets.


Et surtout : des centaines de vidéos et de tutoriels sur Internet. Il est donc possible de commencer à apprendre chez soi avec quelques recherches et quelques achats.


Mais il y a une différence fondamentale entre : Avoir accès au matériel et avoir acquis la compétence nécessaire pour l'utiliser correctement.


3. Acheter une machine ne fait pas de vous un tatoueur


La phrase qui résume tout


« Acheter une machine à tatouer et quelques consommables ne fait pas plus de quelqu’un un tatoueur que posséder un jeu Dr Maboul ne fait de lui un chirurgien. »


Cette phrase, parmi les réactions de tatoueurs à cette discussion, résume assez bien le problème. Elle fait sourire. Mais derrière l'humour, il y a une vraie question.


Aujourd'hui, l'accès au matériel est extrêmement simple. Et cette facilité peut donner l'impression que l'accès au métier l'est tout autant.


  • maîtriser une ligne ;

  • travailler à la bonne profondeur ;

  • comprendre la peau ;

  • gérer un ombrage ;

  • réaliser un remplissage ;

  • anticiper la cicatrisation ;

  • comprendre l'évolution d'un tatouage dans le temps.


Elle ne vous apprend pas à travailler la profondeur. Et surtout : Elle ne vous apprend pas à prendre la responsabilité de ce que vous faites sur la peau de quelqu'un.


4. Pas de diplôme de tatoueur obligatoire : un vrai paradoxe


Une réglementation existe, mais elle ne forme pas au métier


C'est probablement l'un des éléments qui alimentent cette impression d'accessibilité. En France, il n'existe pas aujourd'hui de diplôme professionnel obligatoire spécifiquement pour exercer le métier de tatoueur. Cela ne signifie évidemment pas que l'activité est sans réglementation.


Le professionnel doit notamment être déclaré auprès de l'ARS et satisfaire aux exigences de formation en hygiène et salubrité. Depuis la réforme de 2024, cette formation est devenue une certification renouvelable tous les cinq ans, avec une évaluation théorique et pratique.


Cette certification est indispensable pour répondre aux exigences sanitaires. Mais elle ne transforme pas pour autant quelqu'un en tatoueur expérimenté. Et c'est là que se trouve une confusion importante.


Hygiène et salubrité ≠ apprentissage complet du tatouage


La formation en hygiène et salubrité permet d'apprendre les règles nécessaires pour pratiquer dans des conditions sanitaires adaptées. Elle ne remplace pas des années d'apprentissage artistique et technique. Elle ne vous apprend pas, à elle seule, à :


  • construire votre style ;

  • maîtriser une machine ;

  • adapter un dessin à une morphologie ;

  • comprendre l'évolution d'un tatouage ;

  • développer votre pratique artistique.


Avoir la certification nécessaire pour exercer dans le respect de la réglementation ne signifie pas avoir terminé son apprentissage du métier.


5. Je sais dessiner, donc je peux tatouer


C'est une autre idée reçue très fréquente. Savoir dessiner est évidemment un énorme avantage. Mais savoir dessiner et savoir tatouer sont deux compétences différentes.


Un dessin se travaille sur une feuille ou un écran. Un tatouage, lui, est réalisé sur une peau vivante, qui n'est ni uniforme ni figée. Sa texture varie selon les zones, elle évolue et elle cicatrise. Le résultat obtenu immédiatement après la séance n'est donc pas forcément celui que l'on retrouvera après plusieurs semaines ou plusieurs années. Le tatoueur doit apprendre à travailler avec cette réalité. Il doit également maîtriser différentes techniques : lignes, ombrages, remplissages, contrastes, dégradés…


Mais surtout, il doit apprendre à comprendre ce que la peau va devenir après le tatouage.


6. Et le « mini tattoo fineline » dans tout ça ?


Le fait qu'un tatouage soit petit ne signifie pas qu'il soit simple. Un petit motif peut demander énormément de précision, et le fineline en est un bon exemple.


Une ligne extrêmement fine peut sembler facile à réaliser. Pourtant, obtenir une ligne régulière, adaptée à la peau, avec une profondeur maîtrisée et un résultat qui vieillira correctement demande du véritable savoir-faire.


Petit ne veut pas dire facile. Et surtout : Une petite erreur reste une erreur sur la peau de quelqu'un.


7. La peau des autres n'est pas un terrain d'entraînement


C'est probablement l'un des points les plus importants de toute cette réflexion. S'entraîner est normal. Tout professionnel a commencé quelque part, et les peaux synthétiques peuvent notamment permettre de travailler certains gestes. Mais il faut faire une différence entre apprendre et mettre directement son apprentissage sur des clients.


Une peau synthétique peut être remplacée. Une vraie peau, non. Le client n'est pas un support d'entraînement. Il vous confie son corps. Et cette confiance devrait être au centre de la démarche de toute personne souhaitant devenir tatoueur.


8. Le fantasme du tatoueur qui gagne 600 € par jour


« 600 € pour 7 heures ? La belle vie ! »


Cette vision revient régulièrement. Une personne se fait tatouer pendant sept heures et paie 600 €. Elle peut alors faire un calcul très simple : 600 € × plusieurs jours par semaine = énormément d'argent.


Sauf que ce calcul oublie une chose essentielle : 600 € facturés ne correspondent pas à 600 € de salaire.


Sur ces 600 €, le tatoueur doit notamment prendre en compte :


  • ses charges ;

  • son matériel ;

  • ses consommables ;

  • ses encres et aiguilles ;

  • son assurance ;

  • son local ou son poste de travail ;

  • sa communication ;

  • sa comptabilité ;

  • et bien d'autres frais professionnels.


Et surtout, les sept heures passées avec la machine à la main ne représentent qu'une partie du travail. Avant, pendant et après un tatouage, il y a aussi :


  • les échanges avec le client ;

  • les recherches ;

  • la création ;

  • la préparation ;

  • les rendez-vous ;

  • l'administratif ;

  • la communication ;

  • les retouches ;

  • les périodes sans rendez-vous.


Tout ce travail existe, même s'il n'apparaît pas sur la photo du tatouage terminé.


9. Quand l'appât du gain passe avant le savoir-faire


C'est là que le sujet devient plus sensible. Vouloir gagner sa vie grâce au tatouage n'a évidemment rien de choquant. Un tatoueur est un professionnel et il est normal qu'il soit rémunéré pour son travail.


Le problème apparaît lorsque quelqu'un voit uniquement la rentabilité potentielle et cherche à gagner de l'argent avant même d'avoir réellement maîtrisé le métier.


Le danger, c'est alors de vouloir aller vite : formation rapide, premiers tatouages rapidement, premiers clients rapidement, rentabilité rapidement. Toujours plus vite. Mais dans le tatouage, celui qui paie le prix de cette précipitation n'est pas forcément celui qui débute. C'est parfois la personne qui lui confie sa peau.


10. Les réseaux sociaux donnent-ils une fausse impression ?


On voit le résultat, pas les années d'apprentissage


Instagram, TikTok et les réseaux sociaux ont énormément contribué à démocratiser le tatouage. Et c'est une bonne chose. Mais ils ont aussi changé notre perception du métier. On voit une vidéo de quelques secondes, un tatouage terminé, une belle photo, un avant/après ou encore un artiste qui semble enchaîner les clients.


Ce que l'on voit beaucoup moins, ce sont les années de travail, les heures de dessin, les tatouages ratés, les erreurs corrigées, les formations, les recherches, la pratique, la construction d'un style, l'expérience et les clients refusés.


Tout ce qui fait réellement un professionnel est beaucoup moins spectaculaire qu'une vidéo de trente secondes.


11. Le tatouage est aussi une culture


Connaître le métier, c'est aussi comprendre son histoire


Le tatouage n'est pas né avec Instagram. Il possède une histoire, des traditions, des codes et des cultures extrêmement riches. Il existe une multitude de pratiques et de styles qui se sont développés au fil du temps. Comprendre cette histoire ne signifie pas devoir être spécialiste de tout.


Mais lorsqu'on souhaite faire du tatouage son métier, il est intéressant de se demander : Pourquoi tatoue-t-on ? styles Qu'est-ce qui fait l'identité d'un artiste ?


Et pourquoi certains tatoueurs mettent-ils des années à développer leur propre langage artistique ? Le tatouage ne se résume pas à trouver une image sur Pinterest ou à demander à une intelligence artificielle de générer un motif.


12. Et si les professionnels avaient aussi leur part de responsabilité ?


C'est un point qu'on ne voulait pas éviter. Il serait trop facile de dire : « Le problème, ce sont les débutants. » Les professionnels ont également un rôle à jouer. Lorsqu'un tatouage est pratiqué dans des conditions qui banalisent certaines règles, cela peut donner au public une mauvaise perception du métier.


Si un professionnel le fait, certains peuvent alors se dire : « Alors pourquoi moi je ne pourrais pas le faire ? » Les tatoueurs qui exercent sérieusement ont donc aussi une responsabilité : montrer l'exemple, expliquer les règles et transmettre.


Parce que la pédagogie est probablement beaucoup plus efficace que le simple mépris envers ceux qui commencent.


13. Alors, est-ce que tout le monde peut devenir tatoueur ?


Oui. Pourquoi pas ? Il n'y a aucune raison de considérer que le tatouage devrait être réservé à quelques personnes. On peut se reconvertir, commencer à 20 ans, commencer à 40 ans, découvrir une passion tardivement ou simplement avoir envie d'apprendre.


Mais il faut faire une différence essentielle : ### Commencer n'est pas maîtriser


Tout le monde peut commencer à apprendre. Mais tout le monde n'est pas immédiatement capable d'exercer correctement. Et c'est probablement là que se trouve le véritable problème.


Ce n'est pas l'accès au métier qui devrait être remis en question. C'est la banalisation de ce qu'il faut pour l'exercer correctement.


14. Entre une machine et un métier, il y a des années de travail


On peut acheter une machine, suivre une formation, créer un compte Instagram, réaliser ses premiers dessins et commencer à apprendre certaines techniques. Mais tout cela ne signifie pas automatiquement que l'on maîtrise le métier.


Parce qu'entre : « Je peux tatouer » et « Je suis réellement capable de tatouer correctement quelqu'un » il existe une énorme différence. Cette différence s'appelle : le savoir-faire.


15. Chez TTF, nous pensons qu'il faut apprendre avant de vouloir aller vite


Le tatouage ne devrait pas être fermé à ceux qui souhaitent le découvrir. Mais il ne devrait pas non plus être présenté comme un petit boulot facile à commencer entre deux emplois. Démocratiser le tatouage ne signifie pas banaliser le métier.


On peut vouloir devenir tatoueur. On peut débuter. On peut ne pas encore avoir le niveau d'un professionnel expérimenté. C'est normal. Tout le monde a commencé un jour. Ce qui compte, c'est ce que l'on fait ensuite : prendre le temps d'apprendre, se former, pratiquer, observer, comprendre la peau et le matériel, développer son dessin et son style, et comprendre la culture du tatouage.


Et surtout, comprendre que derrière chaque client se trouve une personne qui vous confie quelque chose qu'elle gardera potentiellement toute sa vie.


16. Finalement, le vrai problème est peut-être ailleurs


La question n'est peut-être pas : « Est-ce que tout le monde peut devenir tatoueur ? » Mais plutôt : « Est-ce que tout le monde est prêt à prendre le temps nécessaire pour réellement apprendre à le devenir ? »


Parce qu'une machine est facile à acheter. Une formation peut être suivie. Un compte Instagram peut être créé en quelques minutes. Mais un véritable savoir-faire ne s'achète pas en quelques clics.


Et surtout : La peau des autres n'est pas un endroit où l'on devrait chercher à aller vite.


17. Conclusion TTF


Le tatouage s'est démocratisé. Il est partout aujourd'hui, sur les réseaux, dans les médias, dans la rue… et c'est plutôt une bonne chose. Mais cette démocratisation donne parfois l'impression que le tatouage est devenu simple d'accès, et que quelques heures de formation, une machine et un compte Instagram suffisent pour se lancer.


Ce n'est pas le cas. Derrière chaque tatouage, il y a un savoir-faire qui demande du temps, de la pratique, des erreurs, de l'apprentissage et surtout de l'expérience. Parce qu'au bout de la machine, il y a une personne. Une personne qui vous fait confiance et qui va porter votre travail sur sa peau pendant des années, parfois toute sa vie. Alors oui, tout le monde peut avoir envie de devenir tatoueur. Tout le monde peut apprendre. Tout le monde peut commencer. Et personne ne devrait être jugé simplement parce qu'il débute.


Mais entre acheter une machine et devenir tatoueur, il y a un monde. Et ce monde, c'est l'apprentissage. Chez Tatoueurs & Tatouages de France, nous ne voulons pas fermer la porte à ceux qui souhaitent se lancer. Nous voulons simplement rappeler qu'un métier qui consiste à travailler directement sur le corps des autres mérite mieux que la recherche de la rentabilité rapide.


Prendre son temps pour apprendre, ce n'est pas perdre du temps. C'est respecter son métier. Et surtout, respecter la peau de ceux qui nous font confiance.


Démocratiser le tatouage, oui.

Banaliser le métier de tatoueur, non.


Peut-on devenir tatoueur sans diplôme ?

En France, aucun diplôme professionnel spécifique de tatoueur n'est actuellement obligatoire pour exercer. En revanche, l'activité est soumise à des obligations réglementaires, notamment en matière d'hygiène et de salubrité.


Faut-il savoir dessiner pour devenir tatoueur ?

Savoir dessiner est un avantage important, mais savoir dessiner et savoir tatouer sont deux compétences différentes. Le tatouage nécessite également de maîtriser la peau, les techniques de tatouage et le matériel.


Une formation suffit-elle pour devenir tatoueur ?

Une formation peut apporter des connaissances indispensables, mais elle ne remplace pas la pratique, l'expérience et l'apprentissage technique et artistique nécessaires pour maîtriser le métier.


Peut-on commencer le tatouage chez soi ?

On peut apprendre et s'entraîner, notamment sur des supports adaptés, mais tatouer une personne implique des responsabilités et des obligations sanitaires qui ne doivent pas être prises à la légère.

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